Acostage

Acostage




C'est un coin de verdure ou, jaillis de l'esprit,
Se perdent à l'azur des parfums mélodieux
Que le vent fait mouvoir dans le voile des cieux
S'étendant, vaste corps, sur des arbres qui plient.

Rien n'entrave les lieux, si ce n'est l'Aquilon
Qui parfois s'aventure en l'esprit du poète
Qu'il inspire et protège ainsi qu'une amulette ;
Lui prodiguant la vie saine des vagabonds.

Les fleurs poussent autour de palais qui se pâment,
Vestige d'un passé que le temps a rompu ;
Amphion y vînt chanter à la gloire des nues.

Même j'ai déjà vu, Sur les eaux de mon âme,
Flotter Ophélia, entourée de grands Lys ;
Sa voix douce berçant mes rêves affranchis.









# Posté le mercredi 09 septembre 2009 15:05

Modifié le vendredi 02 octobre 2009 16:48

"To indeed be a god ! "

"To indeed be a god ! "

" Oui, monsieur, vous êtes l'enfant chéri des dieux. Mais les dieux reprennent vite leurs cadeaux. Vous n'avez que quelques années à vivre réellement, parfaitement, pleinement. Votre jeunesse partie, votre beauté s'en ira avec elle, et vous découvrirez soudain qu'il ne vous reste plus de victoires à remporter ou qu'il faut vous contenter de victoires mesquines que le souvenir du passé vous rendra plus cruelles que des défaites. Chaque mois qui décline vous rapproche de l'horreur. Le temps est jaloux de vous et guerroie contre vos lis et vos roses. Vous aurez le teint jaune, les joues creuses, les yeux ternes. Vous souffrirez horriblement... Ah ! mettez votre jeunesse à profit tant que vous la possédez ! Ne dilapidez pas l'or de vos jours à écouter les ennuyeux, à essayer d'aider les ratés sans espoir ou à faire don de votre vie aux ignorants, aux ordinnaires, aux vulgaires. Ce sont là les buts morbides, les faux idéaux de notre époque. Vivez ! Vivez la vie merveilleuse qui est en vous ! Que rien pour vous ne soit perdu ! Soyez toujours à la recherche de sensations nouvelles. N'ayez peur de rien..."





O.W - Le portrait de Dorian Gray.














( Je suis en train de lire (ou plutôt vivre) le portrait, et, au delà des regrets de ne l'avoir commencé que maintenant, je découvre, page après page, la fantastique transformation qu'il engendre pour celui qui le lit. Une émancipation, une nouvelle naissance esthétique ... c'est délicieux, je vous recommande d'en porter haut et fort les couleurs. )



# Posté le jeudi 27 août 2009 07:53

Modifié le mardi 01 septembre 2009 05:07

Blasphème prolongé en abyssinie etc...

Blasphème prolongé en abyssinie etc...


A l'ombre du cercueil où repose Néron,
Nous combattrons la houle élégante qui germe
Au plus profond de nous

Les oiseaux sidérants volent à l'horizon
Qui se glace au soleil- Ô ! Que la vie se ferme !
Que vienne le courroux ;

Qui balayera tout, les arbres et les fleurs,
Les papillons de nuit qui fourmillent le ciel,
La peau de tes bras nus...

Tout ton corps au néant, au rien, au vide, au leurre !
Que l'on appelle amour, gloire bonheur ou fiel...
Et qui s'enfuit aux nues.

Allons, prenons nos mains, et coupons ces phalanges
De trop ; prenons ce coeur qui gesticule en vain,
Et donnons le aux rats !

Et puis couchons-nous sur le tapis noir des anges
Qui suinte les pleurs des milliers de destin
Réduits à mourir las.

Moi, j'irais arracher aux dieux, ces êtres fourbes
La fourche qui condamne ! Et je les frapperais
Du sceau de ma folie ;

Les pauvres humiliés se noieront dans la bourbe,
Dormirons dans la fange, quand moi, Roi, brulerais
Les ruines d'olympie ;

Et par-dessus le tas fumant de ces décombres,
Je planterais un arbre, écorché et sans feuilles ;
Il portera mon nom

Et les gens, à sa gloire, évinceront les ombres,
Attraperont la lune, et porteront son deuil ;
A la fin, ils mourront.



(Magritte, Cadavre exquis.)

# Posté le lundi 24 août 2009 17:36

Modifié le mardi 01 septembre 2009 04:50

Le mythe du dandy

Le mythe du dandy

Dedans la foule houleuse ou geignent les passants,
(Tel un affreux troupeau d'insalubres bovins)
Se distingue un garçon d'allure, au corps très fin
Dont les pas lui octroient un statut d'élégant.

Ses longs cheveux sombres couchés sur les épaules
Sont soignés du parfum de quelques fleurs sauvages,
Ses fines joues blanches teintés par le poudrage,
Et ses yeux habillés d'une trace de khol.

A ses lêvres soignées (que l'on devine douces),
Pend une longue pipe emplie d'un doux mélange.
Un flacon d'absynthe glisse entre ses phalanges
Que le tact du tabac a rendu toutes rousses.

Et, dans sa longue cape abimée par le temps,
Un pantalon étroit, des bottes de satin
Il avance, paisible, et ses pas argentins
Sur le pavé vieilli font un doux frottement.

Car il marche d'un pas lent, soigneux dans ses gestes
Les passant ruminent et louchent l'incompris ;
Lui avance serein, se défiant des mépris
Ne pensant plus qu'à lui, oubliant tout le reste.

« - Le drole a un chapeau »
« - Voyez comme il avance ! »
« - Croyez-vous qu'il est saoul ? »
« - C'est un aristocrate ! »
« - Comment le savez-vous ? »
« -Au noeud de sa cravate ! »
« - De nos jours tout se perd, même les convenances. »


Et, aux sons des ragots, des paroles, des dires
Du vulgaire bétail des hommes satisfaits,
Ces porteurs de chaussons dont les rêves, défaits,
Sont aujourd'hui réduient à l'état de soupirs ;

Voila que se forme, tout autours du héros
Sous les regards outrés de nos monsieurs prudhomme
Un harem de femmes, mêlants d'un même somme
Leurs regards passionnés et leur folie sans mots !

Fascinées par les coeurs, les passions indiscrètes
Accrochées à sa veste en guise de butin ;
Elles mandent en pleurs un geste de la main,
Une larme, un regard, que jamais il ne prête ;

Ne daignant plus rien voir, fatigué de sa horde.
Les femmes se vautrent, balbuties des « je t'aime ! »
A cet impassible homme, à sa beauté suprême ;
Une beauté fière que sa triste vie borde.






# Posté le mardi 24 février 2009 09:21

Modifié le jeudi 27 août 2009 06:18

Remède contre l'hébétude part 1

 Remède contre l'hébétude part 1

Il rentra dans le bar.
A peine avait il franchi la porte qu'un nuage de fumée vint s'écraser sur son visage avec violence, ce qui le fît tousser fortement et lui piqua les yeux jusqu'aux larmes. La vue lui revenant doucement, il put observer cet endroit qu'il avait cru bon d'aller voir de l'intérieur, étourdi alors par l'aspect misérable qu'il donnait depuis la rue. En effet, la façade de l'établissement n'avait rien d'aguichante ; pas d'éclairage, pas le moindre bruit de comptoir, rien qu'une vitrine sale et une porte, austère. Intrigué, la curiosité lui dévorant le ventre et bien au-delà, il lui parut instinctivement bon d'y rentrer. Il y rentrait donc.
Dedans, tout se confondait dans les rumeurs d'alcool, dans la brume épaisse de fumée infiltrant chaque recoin de la pièce. Il n'y voyait pas grand chose, tant et si bien qu'il ne distinguait finalement pas plus loin que son nez. Face à lui se dressait un mur de brouillard repoussant, d'où émanaient des sons. Ces sons, vagues et innommables, se confondaient, se répondaient et finalement s'évaporaient dans le ciel du bar. Il ne les identifiaient pas, pas plus que sa vue ne distinguait le comptoir ; seule l'odeur acre de tabac lui remplissait les narines, s'infiltrait dans son nez, parcourait avec une sournoise rapidité son sinus tout en déployant cet insatiable appétit d'irriter les yeux innocents. Finalement, s'adaptant à l'atmosphère il commença à distinguer l'intérieur : Derrière la barrière de fumée se dessinait de longs murs marron et jaune, vieillis par le temps et les relents de clope. Au plafond pendait deux gros ventilateurs ne fonctionnant pas. Enfin, mis à part quelques chaises et quelques tables isolées, le bar ne comportait qu'un comptoir, un comptoir métallique long de plusieurs mètres derrière lequel reposaient les étagères de verres et d'alcools. Il n'y avait personne.
Il ressortit.


Dehors, rien n'était évanescent. La nuit s'allongeait péniblement sur la ville. Il pleuvait. La rue n'était plus qu'une suite de flaques boueuses et dégueulasses dans lesquelles les gens se noyaient dans des cris de solitude. Pas le moindre miaulement de chat, non, rien que le son maintenant régulier des pompes de la ville auquel s'étaient habitués depuis longtemps les habitants. La plus proche, à quelques centaines de mètres de cette rue, vrombissait de tout son saoul en faisant trembler les fenêtres des magasins. Ce bruit, machinal, avait depuis longtemps envahit les c½urs citadins, n'étant plus qu'une habitude ; comme toute les habitudes elle avait finie par s'installer sans effort, glissant sur la vague douce de l'ennuie et du confort. Les tremblements faisaient tressaillir les flaques, frémir et fermenter la bourbe dans laquelle il barbotait depuis plusieurs minutes. Le c½ur n'allait pas bien. Au loin, de longs corbeaux capricieux partaient, partaient, partaient plus loin que les murailles et les miradors, plus loin même que les grandes collines ou grandissent les géants, s'en allant se repaître d'une vie plus saine.
« Il sont libres, eux. »

Le vent se mit à souffler, emportant avec lui les débrits d'un journal. Le froid s'avancait doucement, sounoisement, glissant sur la peau.
Il se rappellait maintenant. Il y a loin, bien loin d'ici. Avec elle.
Les champs de coquelicot dans la brume matinale, quand le temps s'immortalisait sur ses cheveux d'or. L'été chaud qui faisait frémir. La peau moite habillée de brins d'herbe. Des cigarettes partagées. Un autre temps, ou tout est simple.
Un éclair s'écrasa soudainement sur un vieux chien errant, tout près. Le chien s'illumina quelques secondes, dans le plus grand silence, puis tomba sur les côtes, carbonisé. Le tonnerre ne gronda qu'après coup.
Les pieds trempés et la mort au bord des lèvres, il décida de revenir sur ses pas, d'aller une nouvelle fois dans le bar. « Echapper à l'ennui de cette journée », se disait-il vaguement.






# Posté le jeudi 16 juillet 2009 05:49

Modifié le vendredi 17 juillet 2009 16:33

Rimbaud aux Enfers

 Rimbaud aux Enfers



Quand Rimbaud descendit vers l'onde souterraine
Et lorsqu'il eu juré dans les yeux de Charon,
Une femme dévote, attisée par la haine,
De sa main attardée manqua chaque aviron.

Montrant leurs vers pédants et leur bêtise ouverte,
Les parnassiens vibraient, mais tout en abhorrant
Celui qui découvrait toute les découvertes !
Eux qui s'éternisaient dans l'antique en errant.

Izambard en pleurant lui réclamait des gages
-Pauvre académicien- tandis que Demeny
Montrait aux communards le poids de leurs dommages !
La lettre du voyant dans sa main démunie ;

Usé de toute part, Verlaine, sans rien dire
Admirait son époux, cet infernal amant,
Semblant lui réclamer un suprême sourire
Ou brillat la douceur des tout premiers serments.

Dressée face au bateau, Vénus anadyomène
Se tenait à la barre, offrant à l'abyssin
Le genoux sur lequel elle fit un domaine ;
Rimbaud lui répondit en crachant sur son sein.



# Posté le lundi 15 juin 2009 07:16

Modifié le mardi 23 juin 2009 07:22